In: Débats
12 avr 2009Depuis plusieurs mois, les cas de prises d’otages et les actes de piraterie se multiplient au large de la Corne de l’Afrique. Après les navires commerciaux, ce sont les embarcations privées qui sont visées ce qui a amené le Quai d’Orsay à édicter des recommandations de prudence contre la piraterie maritime et à formellement dissuader les candidats au voyage. Malheureusement, les passagers du Tanit n’ont tenu aucun compte de ces avertissements et son capitaine en a payé le prix fort, ce qui exclue bien entendu d’en rajouter sur le choix qui a été le sien.
Pour autant, cette nouvelle mésaventure pose de nombreuses questions à la fois philosophiques, juridiques et politiques. La mer constituait jusqu’alors en effet l’un des derniers espaces de totale liberté avec la haute montagne et il n’est pas négligeable que cette liberté soit aujourd’hui remise en cause. Pourtant, la question est aujourd’hui devenue politique puisque c’est bien l’Etat français qui est amené à payer des rançons pour négocier des libérations, à financer le coût considérable du déploiement de forces aéronavales dans la région et à engager la vie de soldats qui doivent assumer les conséquences de l’inconséquence.
Faut-il faire payer les secours contre les actes de piraterie comme les secours en montagne ? Faut-il interdire aux parents d’emmener leur progéniture dans ces folles aventures ? Faut-il, au contraire, considérer que chacun doit assumer ses actes et laisser nos concitoyens à leur (triste) sort ? Il n’est pas anodin de constater que le capitaine du Tanit revendiquait un mode de vie en rupture avec la société de consommation et poursuivait un projet très personnel.
Les réponses à ces questions ne sont pas simples. Condamner l’aventure au motif du risque encouru ou sous prétexte que ce mode de vie nous apparaît déraisonnable reviendrait à vouloir confiner l’espèce humaine dans un grand parc d’attraction et sommes-nous certains que le risque inhérent à ces aventures maritimes est supérieur à celui des accidents routiers ou celui inhérent aux excès alimentaires. Une solution intermédiaire pourrait consister à essayer d’encadrer ces voyages en instituant des formations fortement recommandées sur les risques encourus, sur les chemins à suivre, les convois à constituer et les équipements à emporter. Ce serait une contrainte, assurément, mais nul doute que l’opinion publique comme le Trésor du même nom ne toléreront pas plus longtemps ces excès de liberté.
GLOBO (IN). loc. adv. lat.
En masse, sans examiner les détails.
Il faut prendre les choses in globo.
In globo, cela fait tant.
(Complément du Dictionnaire de l'Académie)