C’est le Figaro qui le dit, citant un sondage Opinion way, 59 % des Français seraient opposés à l’emprunt public annoncé par le chef de l’Etat. De quoi reprendre espoir dans le bon sens populaire. Non que le recours à l’emprunt dans les circonstances présentes soit à proscrire, mais c’est le refus de toute politique de rigueur qui est particulièrement inquiétant. Pour la droite, c’est plus qu’une faiblesse, c’est une faute morale inscrite au plus profond de son logiciel économique. Depuis 30 ans, le laxisme budgétaire est devenu la valeur la mieux partagée du monde politique français sous des formes variées du keynésianisme. De 1997 à 2002, Lionel Jospin a préféré par exemple affecter le produit fiscal du retour de la croissance à l’augmentation des dépenses sociales (CMU, APA etc) plutôt que de réduire la dette. Depuis 2002, la droite a diminué les impôts sans radicalement baisser les dépenses, ce qui perpétue d’une manière différente la spirale de la dette qui représente maintenant près de 70 % du PIB contre moins de 10 % dans les années 1970 ! La dette publique est devenue une drogue largement diffusée dans notre société qui a profondément influencé les comportements. Qu’une crise économique se profile et on relance les dépenses sans compter, qu’une catégorie sociale grogne et on augmente les effectifs de fonctionnaires, qu’une filière agricole ou industrielle soit en difficulté et on imagine des aides exceptionnelles…
C’est cette préférence absolue pour le présent qui constitue l’origine du sacrifice de l’avenir. Le refus de la réalité, des efforts permanents d’adaptation et de restructuration nous font passer à nouveau pour des cigales face aux fourmis allemandes. Le résultat est pourtant sans appel, la hausse de l’endettement public n’empêche pas la perte de compétitivité de notre économie, bien au contraire, elle agit comme du chloroforme qui permet de ne plus sentir la douleur mais nous empêche de lutter contre le mal.
Le drame dans cette affaire, c’est que le laxisme budgétaire est aussi une politique profondément anti-européenne puisqu’il pèse sur la politique des taux d’intérêt de la BCE et envoie un signal on ne peut plus négatif à nos amis allemands qui pourraient être amenés le moment venu à remettre en cause l’existence même de l’euro.
Pour résumer, plus de dette, plus d’emprunts, c’est plus d’inégalités entre les catégories sociales (entre celles qui bénéficient des dépenses publiques et celles qui paient des impôts), plus d’inégalités entre les générations, moins de compétitivité à travers un report des décisions de restructurations, moins d’investissements d’avenir et en plus une mise en péril de la construction européenne. La seule voie sensée serait le retour rapide à l’équilibre budgétaire à travers la baisse des dépenses et la hausse des impôts et l’interdiction constitutionnelle des déficits. Cela ne semble pas être le chemin que nous suivons et c’est plutôt inquiétant…
En définitive,
GLOBO (IN). loc. adv. lat.
En masse, sans examiner les détails.
Il faut prendre les choses in globo.
In globo, cela fait tant.
(Complément du Dictionnaire de l'Académie)