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12 sept 2009L’affaire Hortefeux (puisqu’affaire il y a maintenant) constitue un cas intéressant de communication politique en période de crise. Comment devait réagir le ministre ? Que penser de sa stratégie de défense ? La crise politique est constitutive même de la vie politique, elle en est même un élément paroxystique puisqu’elle révèle les talents et sert à sélectionner les meilleurs. Mais encore faut-il bien réagir.
La première étape consiste bien sûr à mesurer les dégâts. On commence à connaître le déroulement des faits. Dès dimanche soir les directions de Public Sénat et de LCP étaient au courant de la vidéo et décidaient de ne pas le diffuser. Dès lors les deux rédactions étaient en ébullition et l’information s’est répandue vers les autres rédactions. Peut-on conclure que le ministère de l’Intérieur était averti au même moment de la crise imminente ? C’est un scénario très probable puisque c’est précisément le rôle des RG (et de la nouvelle DCRI) de glaner ce type d’infos. Dès lors le cabinet du ministre et le ministre lui-même ont pu anticiper la réponse.
En politique comme en droit la vérité importe moins que la vraisemblance. La première question à se poser était donc de savoir quels étaient les faits indiscutables. En l’espèce, la présence d’une équipe de télévision professionnelle n’a pu échapper au cabinet du ministre (il s’agirait dans le cas contraire d’une incompétence grave), impossible donc de défendre l’idée que les images étaient « volées» par un téléphone. Difficile aussi de broder sur la réalité des propos sauf à prendre un risque car de nombreux témoins parmi lesquels des journalistes pouvaient avoir été présents. Dans ces conditions, et face à des propos pour le moins équivoques, le ministre se trouvait face à un choix simple : reconnaître la faute ou l’erreur et s’excuser ou nier en bloc et attaquer. Les deux stratégies ne sont pas évidentes et présentent des avantages et des inconvénients.
1. La stratégie de l’excuse et de la contrition
« Une faute avouée est à moitié pardonnée» , le dicton populaire est souvent utile en politique. La première stratégie pouvait donc consister à reconnaître avoir été mal compris et à regretter avoir pu blesser certains du fait de l’interprétation malveillante de ses propos. Sans vraiment assumer le caractère déplacé de ses déclarations, il était donc possible d’essayer de s’en sortir dans un flou artistique en faisant amende honorable. Une telle stratégie n’est toutefois pas sans risque, puisqu’elle acte l’affaiblissement du ministre face à une meute d’opposants qui veulent sa tête et pas seulement des excuses. En l’espèce, il convient en effet de bien avoir à l’esprit que pour le Monde et Mediapart (notamment), ce n’est pas tant ce dérapage (ou supposé tel) qui est en jeu mais un combat frontal contre l’homme qui incarne la création d’un ministère de l’immigration et la défense de l’identité nationale, deux concepts forcément inacceptables pour ces deux médias engagés à gauche. Dans ces conditions il y a fort à parier que les excuses auraient été considérées comme un début d’aveux et n’auraient pas mis fin à l’affaire, loin s’en faut.
2. La stratégie de la négation et de la contre-attaque
Que le malentendu soit réel ou supposé, la seconde stratégie possible consiste à nier en bloc quitte à prendre des libertés avec les « apparences» et à contre-attaquer fortement pour faire du « bruit» et ainsi détourner l’attention. Cette stratégie a plusieurs avantages : elle évite l’aveu de faiblesse, elle préserve l’autorité du ministre (ou limite la casse), mais elle permet aussi de « ressouder» son camp et même de satisfaire la frange la plus conservatrice qui pourra trouver positif qu’un ministre résiste contre vents et marées au politiquement correct.
C’est de toute évidence cette seconde stratégie qui a été choisie par le ministre de l’Intérieur avec pour l’instant une réussite diverse. Signe que la stratégie de réponse n’a pas été clairement construite à la base, il semble que le ministre a varié dans ses explications et s’est contredit, ce qui n’est pas idéal. Compte tenu du fait qu’on ne saurait mettre cette « hésitation» sur le compte de l’émotion ou de l’amateurisme il va de soi que cela ne renforce pas sa défense. Par contre, l’unité de la majorité pour le soutenir a été sans faille, ce qui illustre les mérites d’une majorité présidentielle large, ouverte et sans voix dissonante. Car à contrario on mesure les dégâts qui auraient pu être occasionnés par la multiplication des déclarations sur le mode de celles d’Azouz Begag qui n’hésite pas à régler ses comptes. Au lieu de cela, on peut penser que les téléphones ont chauffé ces dernières heures et que la plupart des membres du gouvernement se sont (spontanément) livrés à leur couplet pour vanter les qualités du ministre, les quelques récalcitrants se réfugiant dans un silence prudent. A l’opposé, la virulence des attaques de la gauche arrange plutôt les choses selon le principe du « tout ce qui est excessif est insignifiant» . Enfin, on observe que le ministre a accompagné sa « stratégie de la négation» d’une démarche d’ouverture dont témoigne sa participation à la rupture du jeûne dans une mosquée auvergnate.
Au final, on peut estimer que la stratégie de réponse de Brice Hortefeux a été tout d’abord hésitante voire confuse mais que le choix de la « résistance» semble aujourd’hui payant du fait du soutien d’une majorité ordonnée et solidaire. Les dégâts sont sévères sur son image et pourraient handicaper son avenir mais le risque de démission semble écarté et il n’est pas exclu que cet épisode soit aussi l’occasion pour le ministre de l’Intérieur de se relancer en changeant son style et en modifiant son action.
Surtout, la principale leçon pourrait être tirée par le chef de l’Etat qui a pu mesurer en direct la solidité de sa majorité, les ministres d’ouverture, les centristes et les libéraux-humanistes ayant joué le jeu de l’unité au lieu de faire entendre une musique dissonante, c’est probablement la leçon la pus utile pour l’avenir. Loin d’affaiblir la majorité, cette polémique a consolidé son unité dans l’épreuve ce qui pourra être précieux lors des échéances à venir.
GLOBO (IN). loc. adv. lat.
En masse, sans examiner les détails.
Il faut prendre les choses in globo.
In globo, cela fait tant.
(Complément du Dictionnaire de l'Académie)
1 Response to Quelle défense pour Hortefeux ?
merise
septembre 13th, 2009 at 17:18
Dans tout ceci, ce qui me gêne n’est pas tant la réalité ou non des propos de B Hortefeux, mais le fait qu’en France, en 2009,si la vérité n’est pas conforme à la pensée ambiante, elle soit source de polémique!
Or donc, mieux vaut mentir et suivre la bienséance que dire la vérité si celle ci décrit un sujet que nos tartuffes ne sauraient voir, sous peine de censure au mieux, de curée médiatique généralement.