Un cinéaste en prison, c’est plutôt rare… Un ministre de la République qui s’oppose à une décision de justice, c’est aussi inhabituel… L’affaire Polanski pose de nombreuses questions et illustre aussi les rapports étranges que les responsables français entretiennent avec la Justice. Sur le fond de l’affaire, chacun peut se faire son opinion. Un crime abject, le viol d’une adolescente, mais une victime qui pardonne à l’issue d’un deal classique dans la procédure américaine. Voilà grosso modo les faits.

Mais du point de vue du droit, les choses sont encore plus simples. Un accusé en fuite, un mandat d’arrêt international, une issue relativement prévisible… Pour les autorités américaines, le fait qu’une décision de justice puisse être contestée est totalement incompréhensible. Pour les autorités françaises (ou tout du moins certaines d’entre elles), il semble que la qualité de l’accusé doit l’emporter sur la nature de la faute… Un peu comme sous l’Ancien régime en quelque sorte.

Quelle issue pour cette ténébreuse affaire alors ? Il n’y a rien de choquant à ce que M. Polanski soit amené à se justifier des faits qui sont assez bien établis devant la Justice américaine, même 30 ans après. Ce pourrait être l’occasion pour lui de regretter publiquement ses actes, ce qui ne saurait laisser le juge indifférent alors que le cinéaste semble toujours avoir cherché à minimiser sa responsabilité. Après quoi, on peut aussi espérer que cette même Justice saura faire la part des choses et tenir compte du pardon de la victime qui ouvre la porte à une extinction de l’action judiciaire.

Cela dit, on ne peut qu’être surpris que des responsables politiques français mêlent leurs voix aux personnalités du monde du spectacle qui contestent l’arrestation de M. Polanski et ce faisant couvrent d’une certaine manière le crime qu’il aurait commis. Le simple respect le plus élémentaire du principe de séparation des pouvoirs justifierait un peu plus de discrétion quitte à agir en sous-main pour plaider la cause de l’intéressé auprès des autorités US pour lui éviter, par exemple, une incarcération dans un sinistre pénitencier. Au lieu de cela, tout laisse penser que les juges californiens vont très mal réagir à cette incursion politico-médiatique et que cela ne devrait pas arranger le sort de l’artiste qui aimait les (jeunes) filles…

Il est toujours difficile d’anticiper un conflit. Autant on peut établir qu’une confrontation est à terme inévitable entre deux puissances, autant le moment exact ne peut être prévu avec certitude car la décision est souvent prise au dernier moment en fonction d’une multitude de contraintes. Mais dans une société de l’information il apparaît plus aisé d’identifier les signes précurseurs qui se répandent sur la toile en dehors de tout contrôle des autorités politiques. C’est ainsi que le site Slate n’hésite pas à annoncer une attaque imminente d’Israël sur l’Iran en se fondant sur des indiscrétions de presse et l’interprétation de différents événements récents comme le déplacement du Premier ministre à Moscou pour neutraliser la réaction de l’ours russe. S’il est difficile d’apprécier la portée de cette annonce on mesure très bien la difficulté que peut représenter pour l’état-major israélien la diffusion de ce type d’information. Adieu l’effet de surprise ! A moins bien sûr que la presse et le net soient eux-mêmes manipulés pour exercer une pression un peu plus forte sur le président iranien et… sur Barack Obama pour qu’il relâche la pression sur la question de la colonisation. Quoiqu’il en soit le net est devenu une nouvelle dimension dans la gestion d’un conflit militaire et il nécessite la définition d’une stratégie appropriée par toutes les parties prenantes.

Il aura suffi d’une petite phrase du chef de l’Etat pour doucher les espoirs de Free d’obtenir la 4ème licence de téléphone mobile… et ceux de milliers d’usagers de voir baisser le montant de leur facture téléphonique ! Comment est-ce possible ? Comment l’inventeur de la box pourrait-il perdre cette bataille ? Alors que le caractère oligopolistique du marché du mobile en France ne fait aucun doute, alors que le gouvernement cherche tous les moyens pour augmenter le pouvoir d’achat des ménages (et comment mieux atteindre cet objectif qu’en baissant la facture des portables ?) on peine à comprendre comment les arguments de « la bande des 3″ ont pu recevoir autant d’échos.

Et la proximité supposée d’un des opérateurs avec l’Elysée ne saurait tout expliquer. Les opérateurs actuels ont su mettre en lumière l’enjeu des emplois dans les centres d’appel (alors qu’ils n’ont pas hésité à en délocaliser des milliers outre-méditerrannée  ces dernières années) et à mettre en avant les risques pour leurs investissements et l’aménagement du territoire. En face, Free semble avoir négligé la bataille du lobbying et de la communication pour mettre les élus de son côté et mobiliser l’opinion. Aucune véritable stratégie pour expliquer concrètement ce que lui permettrait d’apporter cette licence en termes de services, d’innovation et de convergence, ce qui a permis aux adversaires de Free d’attaquer sur le thème du « low-cost» .

Pourtant, où en serait l’équipement des Français en adsl haut débit sans Free ? Alors même que le service proposé n’a rien de « low cost» . A quoi pourrait ressembler une stratégie de lobbying de Free ? Une offre commerciale simple et attractive tout d’abord en axant le message sur un tarif compétitif (99 € ?) pour le « quadruple play» . Mais aussi des objectifs ambitieux en termes de développement de l’emploi pour convaincre les élus. L’identification de lieux d’implantation stratégiques pour la nouvelle société et les centres d’appel afin de prouver sa « bonne foi»  (dans une grande ville du sud-est de la France dont le maire est ministre par exemple…). Et la recherche d’un « gentleman agreement»  avec les 3 opérateurs dominants pour ménager leur susceptibilité… Ce ne sont bien sûr que quelques pistes mais qui semblent déjà plus prometteuses que la discrétion étonnante du rebelle de l’adsl…

Alors que certains préparent l’insurrection qui vient d’autres réfléchissent à la contre-insurrection qui va. Le manuel du Lieutenant Colonel David Kilcullen est probablement un modèle du genre. La guerre devient alors de la politique avec les mêmes moyens… Connaître son adversaire, connaître son environnement, construire des réseaux de confiance, apporter satisfaction à la population, occuper le terrain, être visible, se faire respecter… On est loin des bombardements massifs et des batailles de chars et plus proches de la gestion locale et de la lutte contre les mafias.

A se demander si ce précieux guide de contre-insurrection ne pourrait pas être distribué aux forces de l’ordre dans certains quartiers dits populaires où nos pandores doivent également « gagner les coeurs et les esprits» . Plus sérieusement, il reste encore à ce que les troupes de la coalition alliée puissent tirer tout le bénéfice de cette nouvelle stratégie dans l’intérêt de la population afghane pour que les opinions occidentales retrouvent confiance dans le sens de l’engagement de nos troupes si loin de leurs bases…

Suite ce soir de la formidable soirée sur la seconde guerre mondiale sur France 2. Avec des rappels toujours utiles comme sur le pacte germano-soviétique que Vladimir Poutine essaye de faire oublier pour restaurer le prestige de l’empire déchu. On apprend ainsi que les Soviétiques ont alimenté l’Allemagne nazie en métaux, charbon et céréales lors de la préparation de l’offensive à l’Ouest et ont donc contribué à la défaite de la France. A contrario, ce sont des milliers de camions fabriqués dans les usines de la France occupée qui serviront à l’offensive allemande à l’Est. A cet égard, il n’est pas inintéressant de noter les similarités dans la stratégie allemande qui plutôt que de foncer vers Moscou dirige ses armées vers Kiev pour prend à revers 600.000 soldats soviétiques comme elle avait piégé les franco-britanniques à Dunkerque. La débâcle russe est encore plus considérable que celle des armées françaises (des centaines d’avions détruits en quelques heures, des centaines de kilomètres parcourus) et seule la profondeur du territoire russe permet d’éviter le naufrage. Et puis il y a cette étrange incrédulité de Staline qui ne veut pas croire à l’imminente invasion… En Ukraine, la barbarie nazie se déchaîne contre les juifs qui sont massacrés par milliers tandis que les Allemands entrent en libérateurs dans les Pays baltes ce qui n’est pas pour rien dans les relations toujours détestables entre les voisins baltes et russes.

En décembre 1941 la guerre devient mondiale avec Pearl Harbor tandis que les avions japonais partent à l’assaut de l’Empire britannique depuis l’Indochine occupée. L’occupation des puissances défaites prend ainsi tout son sens, les territoires « conquis»  servent de bases stratégiques (les sous-marins allemands étaient basés dans les ports français pour harceler les convois britanniques) et de réservoirs de matières premières et de matériels de guerre. C’est d’abord en ce sens que la guerre est vraiment mondiale, comme un formidable échiquier sur lequel il faut placer ses pions.

Autre enseignement de ce conflit, c’est la cruauté des troupes allemandes et japonaises qui massacrent allègrement prisonniers et populations civiles. Pas de quartiers, l’adversaire est méprisé et sa dignité niée. La formidable machine de mort se met en place. 1942 est l’année terrible, la Grande-Bretagne semble condamnée, les Américains s’attendent à une invasion à l’Est comme à l’Ouest. 120.000 citoyens US d’origine japonaise sont internés. A l’est de l’Europe, 15.000 soldats soviétiques sont fusillés par Kroutchev pour « manque de courage» … Tandis que les Américains relèvent la tête dans le Pacifique, la Wermacht plante son drapeau sur les ruines de Stalingrad. Vivement la semaine prochaine et le début du reflux des puissances de l’Axe…

L’affaire Hortefeux (puisqu’affaire il y a maintenant) constitue un cas intéressant de communication politique en période de crise. Comment devait réagir le ministre ? Que penser de sa stratégie de défense ? La crise politique est constitutive même de la vie politique, elle en est même un élément paroxystique puisqu’elle révèle les talents et sert à sélectionner les meilleurs. Mais encore faut-il bien réagir.

  • « Mesurer les dégâts» 

La première étape consiste bien sûr à mesurer les dégâts. On commence à connaître le déroulement des faits. Dès dimanche soir les directions de Public Sénat et de LCP étaient au courant de la vidéo et décidaient de ne pas le diffuser. Dès lors les deux rédactions étaient en ébullition et l’information s’est répandue vers les autres rédactions. Peut-on conclure que le ministère de l’Intérieur était averti au même moment de la crise imminente ? C’est un scénario très probable puisque c’est précisément le rôle des RG (et de la nouvelle DCRI) de glaner ce type d’infos. Dès lors le cabinet du ministre et le ministre lui-même ont pu anticiper la réponse.

En politique comme en droit la vérité importe moins que la vraisemblance. La première question à se poser était donc de savoir quels étaient les faits indiscutables. En l’espèce, la présence d’une équipe de télévision professionnelle n’a pu échapper au cabinet du ministre (il s’agirait dans le cas contraire d’une incompétence grave), impossible donc de défendre l’idée que les images étaient « volées»  par un téléphone. Difficile aussi de broder sur la réalité des propos sauf à prendre un risque car de nombreux témoins parmi lesquels des journalistes pouvaient avoir été présents. Dans ces conditions, et face à des propos pour le moins équivoques, le ministre se trouvait face à un choix simple : reconnaître la faute ou l’erreur et s’excuser ou nier en bloc et attaquer. Les deux stratégies ne sont pas évidentes et présentent des avantages et des inconvénients.

1. La stratégie de l’excuse et de la contrition

« Une faute avouée est à moitié pardonnée» , le dicton populaire est souvent utile en politique. La première stratégie pouvait donc consister à reconnaître avoir été mal compris et à regretter avoir pu blesser certains du fait de  l’interprétation malveillante de ses propos. Sans vraiment assumer le caractère déplacé de ses déclarations, il était donc possible d’essayer de s’en sortir dans un flou artistique en faisant amende honorable. Une telle stratégie n’est toutefois pas sans risque, puisqu’elle acte l’affaiblissement du ministre face à une meute d’opposants qui veulent sa tête et pas seulement des excuses. En l’espèce, il convient en effet de bien avoir à l’esprit que pour le Monde et Mediapart (notamment), ce n’est pas tant ce dérapage (ou supposé tel) qui est en jeu mais un combat frontal contre l’homme qui incarne la création d’un ministère de l’immigration et la défense de l’identité nationale, deux concepts forcément inacceptables pour ces deux médias engagés à gauche. Dans ces conditions il y a fort à parier que les excuses auraient été considérées comme un début d’aveux et n’auraient pas mis fin à l’affaire, loin s’en faut.

2. La stratégie de la négation et de la contre-attaque

Que le malentendu soit réel ou supposé, la seconde stratégie possible consiste à nier en bloc quitte à prendre des libertés avec les « apparences»  et à contre-attaquer fortement pour faire du « bruit»  et ainsi détourner l’attention. Cette stratégie a plusieurs avantages : elle évite l’aveu de faiblesse, elle préserve l’autorité du ministre (ou limite la casse), mais elle permet aussi de « ressouder»  son camp et même de satisfaire la frange la plus conservatrice qui pourra trouver positif qu’un ministre résiste contre vents et marées au politiquement correct.

C’est de toute évidence cette seconde stratégie qui a été choisie par le ministre de l’Intérieur avec pour l’instant une réussite diverse. Signe que la stratégie de réponse n’a pas été clairement construite à la base, il semble que le ministre a varié dans ses explications et s’est contredit, ce qui n’est pas idéal. Compte tenu du fait qu’on ne saurait mettre cette « hésitation»  sur le compte de l’émotion ou de l’amateurisme il va de soi que cela ne renforce pas sa défense. Par contre, l’unité de la majorité pour le soutenir a été sans faille, ce qui illustre les mérites d’une majorité présidentielle large, ouverte et sans voix dissonante. Car à contrario on mesure les dégâts qui auraient pu être occasionnés par la multiplication des déclarations sur le mode de celles d’Azouz Begag qui n’hésite pas à régler ses comptes. Au lieu de cela, on peut penser que les téléphones ont chauffé ces dernières heures et que la plupart des membres du gouvernement se sont (spontanément) livrés à leur couplet pour vanter les qualités du ministre, les quelques récalcitrants se réfugiant dans un silence prudent. A l’opposé, la virulence des attaques de  la gauche arrange plutôt les choses selon le principe du « tout ce qui est excessif est insignifiant» . Enfin, on observe que le ministre a accompagné sa « stratégie de la négation»  d’une démarche d’ouverture dont témoigne sa participation à la rupture du jeûne dans une mosquée auvergnate.

Au final, on peut estimer que la stratégie de réponse de Brice Hortefeux a été tout d’abord hésitante voire confuse mais que le choix de la « résistance»  semble aujourd’hui payant du fait du soutien d’une majorité ordonnée et solidaire. Les dégâts sont sévères sur son image et pourraient handicaper son avenir mais le risque de démission semble écarté et il n’est pas exclu que cet épisode soit aussi l’occasion pour le ministre de l’Intérieur de se relancer en changeant son style et en modifiant son action.

Surtout, la principale leçon pourrait être tirée par le chef de l’Etat qui a pu mesurer en direct la solidité de sa majorité, les ministres d’ouverture, les centristes et les libéraux-humanistes ayant joué le jeu de l’unité au lieu de faire entendre une musique dissonante, c’est probablement la leçon la pus utile pour l’avenir. Loin d’affaiblir la majorité, cette polémique a consolidé son unité dans l’épreuve ce qui pourra être précieux lors des échéances à venir.

Une petite phrase à peine audible mais tendancieuse, une vidéo de piètre qualité prise probablement par un téléphone portable, une présentation à charge sur le site d’un grand quotidien et voilà la recette d’un formidable buzz au service du combat politique dans son aspect le moins glorieux. Car la réalité est bien qu’il subsiste un doute sur les propos du ministre mais en l’espèce le phénomène médiatique interdit que le doute profite à l’accusé. Comme l’observe Dominique Wolton ce matin sur RTL les journalistes ont relayé le buzz sans aucun recul critique : pas d’enquête pour vérifier les faits, pas de prise de distance… Le Monde relaye la rumeur, lui donne de l’ampleur et joue le rôle d’acteur du débat politique en cherchant à abattre un ministre. C’est un phénomène relativement nouveau. Un responsable politique doit savoir maintenant qu’il ne peut plus rien maîtriser de son expression publique ou privée. Il n’y a plus de « off»  avec la presse, il n’y a plus de propos de tribune et encore moins d’humour ou de propos déplacés. Au-delà de cette polémique, c’est toute la question de la parole et de l’action politiques qui est posée. L’homme politique devient un acteur en représentation permanente.
En donnant la priorité à la petite phrase, par nature soumise à l’interprétation, la société du spectacle s’éloigne un peu plus de la rigueur d’une vie politique civilisée. La parole politique a, en effet, ses lieux d’expression privilégiés (les commissions parlementaires, l’interview écrite, le discours rédigé ou improvisé prononcé au pupitre lors d’un meeting). Au lieu de cela, on traque la faute, le dérapage et l’exploitation politicienne. Une polémique chasse l’autre. Attaquée dans un ouvrage de fraude électorale (sans véritable preuve d’ailleurs), la première secrétaire du PS peut espérer rebondir et clore cette séquence en menant la charge contre le locataire de l’Intérieur. Pendant ce temps, on ne parle pas beaucoup du fond et on perd un peu plus confiance dans l’action publique…

Les choses peuvent basculer d’un côté comme d’un autre. Il n’y a rien d’écrit, ni pour les salariés, ni pour les directions d’entreprises, ni pour le gouvernement. Les scénarios préétablis peuvent être démentis du jour au lendemain.

En quelques mots, dans le JDD, Bernard Thibault a bien résumé le climat de la rentrée. Le calme avant la tempête ? Nul ne sait. Les élus de la majorité sont presque étonnés de l’absence d’humeur revendicative. Le leader de la CGT ne veut pas croire en la passivité de ceux qui souffrent ou qui sont exposés. Sur le fond, la désindustrialisation se poursuit de même que les délocalisations d’ateliers et de services sans parler de la systémisation de la contrefaçon et du dumping environnemental dans certains pays d’Asie qui détruit des milliers d’emplois ici.

Face à la crise économique et sociale, des dérapages ont eu lieu cet été avec les séquestrations de cadres dans certaines entreprises. Puis plus rien. La France ne connaît pas la mesure qui passe de l’excès à la passivité et rend toute prévision aléatoire. L’activisme du gouvernement rassure même s’il n’empêche pas la hausse inexorable du chômage. Ce sont les « stabilisateurs sociaux»  qui « contiennent»  la hausse du chômage en-dessous de 10 % alors qu’en 1993 ce dernier dépassait largement les 12 %.

Il existe donc deux scénarios très différents pour les prochains mois : la sortie progressive de la crise ou, au contraire, un effondrement plus global. La perspective des élections régionales en mars 2010 pourrait être de nature à servir d’exutoire à la colère sociale ou, au contraire, marquer le succès de la gestion de la crise par le gouvernement. Pour l’instant, l’étendue de la menace légitime a posteriori les largesses budgétaires du gouvernement qui laisse filer les déficits.

En définitive, ce qui reste inquiétant, c’est que l’économie française sortira affaiblie et non renforcée de cette crise. Faute d’investissements, d’innovation, de réformes, le déficit commercial restera élevé et la compétitivité de nos produits faible. Comme le soulignait avec ironie The Economist il y a quelques mois le « modèle français»  fait merveille dans la crise, il y a fort à craindre qu’il restera spécifique dans la reprise par son incapacité à créer de la croissance. Si l’automne 2009 est mois noir qu’on aurait pu le craindre, le printemps 2010 devrait être moins clair qu’on le souhaiterait.

Le week-end aura été sévère pour la cohésion gouvernementale après l’annonce de l’interview du Premier ministre dans le Figaro magazine annonçant le montant de la future taxe carbone. Non seulement le locataire de Matignon a été vertement démenti mais les ministres se sont répandus en d’improbables déclarations pour essayer de nous convaincre que la taxe carbone n’en était pas une. Tentatives bien inutiles qui non seulement induisent la confusion mais risquent aussi d’amoindrir la portée de la décision présidentielle pourtant fondamentale. Qui peut, en effet, contester qu’il nous faut changer de modèle économique et d’habitudes pour à la fois préserver l’environnement et préparer l’après pétrole ?

Le président de la République veut faire de ce thème un grand chantier présidentiel, tant mieux. Mais dans ce cas il faut y mettre les moyens au lieu de jouer sur les mots. Des expériences récentes ont montré que les Français étaient prêts à changer de comportement. Depuis 2002 par exemple, la hausse des prix du tabac et l’interdiction de fumer dans les lieux publics ont permis de réduire fortement la consommation de tabac tandis que la multiplication des radars a permis de réduire le nombre des victimes de la route. Ces deux politiques, a priori impopulaires, ont été assumées par le pouvoir politiques. Elles ont donc été comprises et acceptées.

Si l’on veut réussir une véritable révolution environnementale, il convient donc d’augmenter très fortement le coût du recours aux énergies fossiles. En matière automobile, cela pourrait signifier d’augmenter encore le malus et de taxer les carburants pour que le prix du litre s’élève au minimum à 1,5 €, seuil psychologique permettant d’initier un réflexe de fuite devant la consommation de carbone et de favoriser les petites cylindrées, les moteurs hybrides et électriques ou de nouvelles innovations.

Une telle hausse de la fiscalité sur l’énergie est bien évidemment difficile à faire « avaler»  en période de crise et relève même de l’inconscience à deux ans de l’élection présidentielle. Voilà pourquoi elle pourrait être compensée par une hausse du bonus écologique, une baisse de la tva et une hausse des investissements en matière de transports. Trop souvent le pouvoir politique reste le regard collé sur l’immédiat, le risque d’impopularité et la recherche de symboles plus que de changements réels. Or la grandeur du politique tient aussi à sa capacité à changer le réel en créant des « points de bascule»  qui permettent de faire évoluer la société. A travers la fiscalité environnementale, c’est la notion même de « progrès»  qui se retrouve à nouveau sollicitée et la capacité à initier le changement.

Pas facile en ce samedi après-midi de se connecter sur le nouveau site de l’Ump des créateurs de possible. L’url évoquée par le Monde débouche sur un site en construction tandis que les autres url avoisinants ont tous été réservés voire détournés.

Cet épisode vient nous rappeler que toute stratégie internet nécessite une organisation sans faille et une bonne préparation pour un lancement réussi. Il n’est pas normal en effet qu’un site révolutionnaire (ou présenté comme tel) annoncé tambours et trompettes soit introuvable sur le net de manière facile et évidente. Qu’importe qu’il s’agisse d’un problème technique, d’un url compliqué ou d’un manque de référencement, c’est à l’émetteur qu’il appartient de se faire connaître en préparant bien le terrain. L’absence de la moindre information sur le site du parti laisse penser qu’il y a bien en l’espèce un problème de communication.

Sur le fond, l’idée de recréer un réseau social « propriétaire»  laisse par ailleurs sceptique. Pourquoi créer une plate-forme spécifique alors qu’il existe déjà tant de réseaux sociaux qui rassemblent des millions d’internautes ? Quel est l’avantage ? N’est-ce pas une façon de se priver d’une forte capacité virale et de s’épuiser à faire venir les internautes réticents au « fichage»  dans son système ? N’aurait-il pas été plus malin de développer un agrégateur de réseaux sociaux sur le modèle de seesmic ? Difficile de répondre à cette question sans avoir pu juger sur pièces mais il faut espérer dans l’intérêt même du parti présidentiel qu’il n’a pas cédé à l’amicale pression de prestataires trop contents de réinventer la lune à prix d’or…

NB : à force de persévérance, voici le bon url (trouvé sur facebook) qui renvoit à un formulaire de préinscription, on peut sans doute difficilement faire plus compliqué…

À propos de ce blog

GLOBO (IN). loc. adv. lat.
En masse, sans examiner les détails.
Il faut prendre les choses in globo.
In globo, cela fait tant.
(Complément du Dictionnaire de l'Académie)

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